Cher  François,


Comme tu l'ignores sans doute, mais comme le savent les quelques irréductibles  lecteurs qui me font l'honneur de prendre connaissance de ma prose parfois approximative , j'ai voté pour toi en ce mois de mai qui parait déjà bien loin.

Depuis cette élection qui m'a permis de retrouver beaucoup, beaucoup de monde sur la place de la Bastille, j'avoue que ton activité ne m'a pas véritablement transcendée et que ton recul sur de nombreux sujets - notemment celui du vote pour les étrangers - ne me porte pas à voir une grande sympathie pour ton action.

Tu sembles vouloir pourtant honorer ta 31ème proposition, celle du mariage pour tous. Et là, je te dis Bravo.

Je n'ai pas de gout particulier pour l'institution mariage, qui n'a pas beaucoup d'autre intérêt à mes yeux que d'être un engagement contractuel (et quasi obligatoire) pour certaines décisions importantes de la vie. Les paroles que Lui et moi échangeons dans le secret de notre initimité, son regard porté sur moi depuis de si nombreuses années, notre complicité au quoitidien et les orages auxquels nous avons résistés me paraissent bien plus importants que le oui que nous avons échangé à la mairie du 19ème arrondissement.

Je ne suis pas homosexuelle, mais j'aurais pu l'être, si la vie et la nature en avaient décidé ainsi, tout comme toi, tout comme Lui, tout comme n'importe lequel des Français. C'est pour Lui que mon coeur bat et non pour Elle, mais si cela avait été le cas, cela aurait il changé quelque chose à ce que je suis, à ce à quoi je crois, à ce que à quoi j'aspire et aux droits civiques que la République doit me reconnaitre ?

Etre homosexuelle m'aurait il empêché d'apporter à un enfant que que j'espère avoir su apporter aux deux miens : un regard bienveillant et les clefs pour devenir  des êtres doués de raison, curieux des Autres et ouverts au Monde ?

La maltraitance, l'abandon, l'exploitation et la pauvreté dont tant d'enfants souffrent aujourd'hui en France et dans le monde me paraissent être des combats autrement plus importants que d'empêcher deux adultes du même sexe de vouloir accompagner un enfant sur la route cahotique de la vie.

En quoi l'homosexualité empêcherait elle d'être des  parents aimants, bienveillants et heureux ?

Dans le pays des droits de l'Homme, le mariage pour tous engage la République. C'est encore, je veux le croire, la seule institution que nous partageons tous et qui régit nos vies de citoyens. Athée, je respecte profondément ceux qui croient, mais j'attends en retour que ceux ci respectent chacun, quelqu'il soit, au delà de la couleur de peau, de sa sexualité, de ses opinions religieuses ou politiques et qu'il leur reconnaisse les mêmes droits.

Voilà, Cher François, pourquoi j'espère que tu vas tenir bon sur la mise en oeuvre de ta 31ème proposition. Pour le reste, je suis sure que nous aurons l'occasion d'en reparler...

Je t'adresse mon salut de femme francaise, libre, républicaine et humaniste.

MAB