Ce matin là, lorsque je sortis de la chambre, un homme se trouvait dans le jardin.
Une palette de bleu à la main, une toile posée de guingois sur un muret, un pinceau calé dans le creux de sa main. Un bandage cachait en partie sa figure, mais il n'y avait rien d'agressif dans sa présence presque évidente en ce matin. D'un regard fiévreux, il scrutait les iris, semblant chercher dans leur cœur la réponse à des questions souvent posées, jamais répondues.
Le soleil tapait fort ce jour là en Picardie, comme si le ciel du Nord rivalisait avec le zénith des Alpilles. Je n'osais déranger sa concentration, sentant que je troublerais là un moment essentiel dans la vie de cet inconnu, spectatrice privilégiée d'un instant tout à la fois intime et magique. Sa main courant sur la toile blanche que je devinais se teinter de bleus, il arpentait le jardin d'un pas sur et lourd.
Et puis, soudain, il se tourna vers moi. "Je m'appelle Vincent. Avez vous vu Théo ?".  Sa voix était douce, nuancée d"un léger accent. Je restais muette, interdite devant cette question étrange. Devant mon silence désolé, il eut un pauvre sourire et quitta les lieux, jetant un dernier regard sur les iris dressés vers le soleil, me jetant au passage " je les ai tant chéris, prenez en grand soin".

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